samedi 1 septembre 2012

Le Mahdi et l'action en faveur du Khalifat

Beaucoup de musulmans, surtout pratiquants, pensent que le Khalifat (al-Khilâfah) sera un jour restauré selon la voie prophétique, c’est-à-dire qu’il sera bien-guidé (râchidah). Cependant, force est de constater que ces gens n’agissent guère pour le rétablissement de ce Khalifat. Lorsqu’on leur demande pourquoi ils sont inactifs, ils répondent que c’est l’Imâm Mahdi qui rétablira le Khalifat, lequel, à les entendre, ne pourra renaître tant que le Mahdi ne sera pas là. En conséquence, rien ne les incite à agir en faveur du Khalifat. La question est donc la suivante : est-ce que le Khalifat pourra un jour renaître, et, si oui, sera-t-il le fait du Mahdi ?

Pour ce qui est de la première partie de la question, il est vrai que le Khalifat sera un jour restauré, comme le prouvent de nombreux hadiths authentiques (sahîh) ou valides (hasan). Cependant, il n’existe pas à ce sujet de hadith abondamment concordant (moutawâtir). Le retour du Khalifat ne relève donc pas de la foi, [mais de la loi : c’est une prescription légale au même titre que la prière]. De ce fait, il est inexact de dire que les musulmans croient fermement au retour du Khalifat, car la foi ne peut reposer que sur un verset du Coran ou sur un hadith abondamment concordant. Or la restauration du Khalifat est évoquée dans des hadiths authentiques ou valides, mais jamais dans des hadiths abondamment concordants. Il s’ensuit qu’il n’est pas permis d’y croire avec certitude. Nous portons simplement crédit à cet évènement, mais sans certitude absolue et disons : le Khalifat sera un jour restauré avec la permission de Dieu.

Examinons les hadiths en question :
  1. Thawbân rapporte : « L’Envoyé de Dieu (صلى الله عليه وسلم) dit : "Dieu a déployé la Terre devant mes yeux, si bien que j’en voyais les confins, de l’orient à l’occident ; ma Nation étendra son règne sur toute l’étendue qu’il m’a été donné de voir…" » (Mouslim, ’Ahmad, ’Aboû-Dâwoud et at-Tirmidhî). L’énoncé "ma Nation étendra son règne sur toute l’étendue qu’il m’a été donné de voir" ne s’est pas encore réalisé puisque le domaine de l’islam ne s’étend pas encore de l’orient à l’occident. Cela se passera donc dans le futur, et indique l’instauration d’un État islamique dans les temps à venir, État qui s’étendra de l’orient à l’occident.
  2. Ibn ‘Oumar rapporte : « L’Envoyé de Dieu (صلى الله عليه وسلم) dit : "Lorsque vous commercerez avec des ventes à terme, que vous vivrez comme des pasteurs, que vous vous contenterez des revenus tirés de la terre, délaissant le jihad dans la voie de Dieu, Dieu vous frappera d’humiliations qui ne pourront être levées que lorsque vous reviendrez à votre religion." » (’Aboû-Dâwoud). L’énoncé "que lorsque vous reviendrez à votre religion" signifie que les musulmans agiront de nouveau pour la foi et qu’ils prendront les principes islamiques comme règles de vie. C’est donc une annonce de la part du Prophète (صلى الله عليه وسلم) selon laquelle les musulmans reviendront à l’islam après l’avoir délaissé.
  3. Aboû-Qoubayl rapporte : « Nous nous trouvions chez ‘Abdoullah b. ‘Amr b. al-’Âs. On lui demanda laquelle de Rome ou de Constantinople sera conquise en premier par les musulmans. Il envoya alors chercher un coffre d’où il sortit un document. Il dit : tandis que nous étions assis autour de l’Envoyé de Dieu () pour mettre le Coran par écrit, on l’interrogea sur laquelle de Rome ou de Constantinople sera conquise en premier. Le Prophète (صلى الله عليه وسلم) répondit : "Ce sera d’abord la ville d’Héraclius", c’est-à-dire Constantinople. » (’Ahmad) Ainsi, lorsqu’il fut interrogé sur la conquête de ces deux villes (sachant que Rome est la capitale de l’Italie), le Prophète (صلى الله عليه وسلم) n’a pas rejeté la conquête de Rome, mais il s’est contenté de dire que Constantinople sera conquise en premier. Cela indique que Rome le sera également par la suite. Mais comme cette ville n’est toujours pas entre les mains des musulmans, ce hadith annonce ainsi qu’ils la conquerront un jour. Or il n’est pas concevable que les musulmans puissent la conquérir avant le retour du Khalifat, qui relancera le jihad pour la cause de Dieu et la conquête de nouveaux territoires.
  4. an-Nou‘mân b. Bachîr rapporte d’après Houdhayfah : « L’Envoyé de Dieu (صلى الله عليه وسلم) dit : "La prophétie durera tant que Dieu le voudra, puis Il y mettra fin quand Il le voudra. Ensuite viendra un Khalifat conforme à la voie prophétique qui durera tant que Dieu le voudra, puis Il y mettra fin quand Il le voudra. Par la suite surviendra un pouvoir dynastique rigide qui durera tant que Dieu le voudra, puis Il y mettra fin quand Il le voudra. Plus tard ce sera un pouvoir dynastique tyrannique qui durera tant que Dieu le voudra, puis Il y mettra fin quand Il le voudra. Enfin viendra un Khalifat conforme à la voie prophétique", puis le Prophète () se tut. » (Ahmad et at-Tabarânî). Ce hadith indique que le Khalifat sera restauré après les pouvoirs dynastiques rigide, puis tyrannique, et qu’il sera conforme à la voie prophétique, c’est-à-dire qu’il sera comparable à l’exercice du pouvoir en vigueur sous les Khalifes bien-guidés. Le Khalifat futur sera donc, si Dieu le veut, bien-guidé.
Quant à la seconde partie de la question, elle revêt deux aspects : d’une part, les hadiths prophétiques, mêmes s’ils indiquaient que c’est le Mahdi qui établirait le Khalifat, ne prouveraient pas pour autant qu’il faille l’"attendre" afin qu’il rétablisse ce Khalifat pour nous. Ce qui est un devoir pour nous, c’est de participer à la restauration du Khalifat, car si cette obligation incombe au Mahdi, elle s’impose également à tous les musulmans. Par conséquent, ceux-ci n’ont aucune excuse pour leur inaction vis-à-vis de l’établissement du Khalifat. Car dire que le Mahdi sera l’acteur de la restauration du Khalifat ne constitue nullement une justification, [mais une dérobade]. Tous ceux qui ne s’acquittent pas de cette obligation sont donc dans le tort du fait de leur inaction : ils auront à en rendre compte à Dieu. D’autant plus que s’ils devaient mourir avant le rétablissement du Khalifat, ce serait à l’état de jâhiliyyah, c’est-à-dire l’ignorance érigée en système, comme indiqué dans ce hadith rapporté par Abdoullah b. ‘Oumar : « L’Envoyé de Dieu (صلى الله عليه وسلم) dit : "Celui qui se rend coupable de désobéissance envers une autorité [légitime] rencontrera Dieu au jour de la Résurrection sans la moindre excuse ; celui qui meurt sans être conscient de sa responsabilité en matière d’acte d’allégeance (bay‘ah) périt à l’état de jâhiliyyah." » (Mouslim). Seul celui qui œuvre à la restauration du Khalifat échappe à cette mort indigne. Que les musulmans prennent donc garde de ne pas mourir dans cet état !

D’autre part, malgré la multitude de sources relatives au Mahdi, les hadiths prophétiques n’affirment aucunement qu’il rétablira le Khalifat. La seule information que l’on peut tirer de ces hadiths déjà cités est qu’il sera un Khalife pieux qui gouvernera avec justice : il emplira la Terre d’équité et de justice après qu’elle fût emplie d’injustice et d’oppression. De quel texte tire-t-on donc cette croyance selon laquelle le Mahdi instaurera le Khalifat ? Bien au contraire, il existe un hadith qui réfute cette conception du Mahdi en tant que fondateur du Khalifat. En effet, il est précisé que le Mahdi deviendra Khalife à la mort d’un autre Khalife, ce qui signifie que le Khalifat existera déjà avant l’avènement du Mahdi. En conséquence, le Mahdi sera un Khalife précédé d’un autre au sein du Khalifat bien-guidé, qui verra le jour dans le futur, par la grâce de Dieu. Ainsi, le Mahdi ne sera pas le fondateur du Khalifat, ce qui réfute l’argument de ceux qui se complaisent dans l’inaction, attendant que le Mahdi établisse le Khalifat à leur place. En voici la preuve : ‘Oumm-Salamah, épouse du Prophète (), rapporte : « J’ai entendu l’envoyé de Dieu (صلى الله عليه وسلم) dire : "Il y aura une divergence à la suite de la mort d’un Khalife. Un homme appartenant à la tribu des Banoû-Hâchim se dirigera vers La Mecque, et les gens le forceront à sortir de chez lui. Ils lui donneront acte d’allégeance entre l’angle [de la Ka‘bah] et la station d’Ibrâhîm. Une armée en provenance de Grande-Syrie (ach-Châm) sera montée contre lui, mais elle sera anéantie en plein désert. Les troupes d’Irak et les Justes de Grande-Syrie se joindront à lui. Un homme originaire de Grande-Syrie dont les oncles maternels appartiennent à la tribu des Kalb se soulèvera. Il montera à son tour une armée contre lui, mais elle sera vaincue, par la grâce de Dieu […]. Le Mahdi fera sortir les trésors et distribuera les richesses. Il répandra l’islam partout et l’instituera. Il vivra sept ou neuf ans." » (’Aboû-Dâwoud, ’Ahmad, ’Aboû-Ya‘lâ, at-Tabarânî et Ibn ’Aboû-Chaybah d’après ’Oum-Salamah). Les rapporteurs et les commentateurs de ce hadith s’accordent à dire que le Khalife mentionné ici est le Mahdi. Or le hadith indique clairement que ce Khalife viendra à la suite d’un autre ; un différend éclatera après la mort de celui-ci, et c’est là que le Mahdi fera son apparition. Ce n’est donc pas le Mahdi qui rétablira le Khalifat. En conséquence, il n’y a d’autre choix pour le musulman qui craint de mourir en état de jâhiliyyah que d’œuvrer à la renaissance du Khalifat.

Extrait de Masâ’il fiqhiyyah moukhtârah (Questions juridiques choisies), du Cheikh ’Aboû-‘Iyâs ‘Ouwaydah, 2008.
http://www.al-aqsa.org/index.php/fiqh-usool/show/1448/

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